Merci de me donner l'occasion de prendre la parole.
Je m’appelle Nicole Namwezi Batumike et j’occupe le poste de responsable des politiques et du plaidoyer à la Fondation Panzi. Aujourd’hui, je vais vous faire part du point de vue de la Fondation Panzi : la paix dans l’est du Congo restera hors de portée tant que les personnes les plus touchées ne seront pas consultées de manière constructive et placées au cœur des solutions humanitaires et structurelles.
L'hôpital et le siège de la Fondation Panzi sont situés à Bukavu, dans la province congolaise du Sud-Kivu. L'établissement a été fondé en 1999 par le Dr Denis Mukwege, gynécologue, défenseur des droits de l'homme et lauréat du prix Nobel de la paix 2018. Depuis sa création, Panzi a pris en charge plus de 90 000 victimes de violences sexuelles.
Bon nombre des survivants pris en charge à Panzi sont originaires de régions minières où se conjuguent violence armée, exploitation illégale, destruction délibérée de villages et spoliation foncière.
Depuis trente ans, la population congolaise est confrontée à une violence incessante et inhumaine. Mais pour la seule année 2025, l’OCHA a recensé 220 000 cas de violence sexiste— soit une augmentation de 69 % par rapport à 2024 — et trois mois après la prise de Goma et de Bukavu par le M23 l’année dernière, l’UNICEF a signalé qu’un enfant était violé toutes les trente minutes environ.
Cependant, au moment même où les survivants ont le plus besoin de soins, le système de santé censé les soutenir a été gravement affaibli par la destruction et le pillage des établissements médicaux. Pour aggraver cette crise, un rapport publié en juillet 2025 par Physicians for Human Rights révèle que les récentes coupes budgétaires américaines ont contribué à une réduction de plus de 50 % des services de santé sexuelle et reproductive. Alors que les États-Unis sont fortement engagés sur le plan diplomatique dans le processus de paix, un retour temporaire à une implication plus forte dans l’aide humanitaire viendrait compléter ces efforts, compte tenu notamment du rôle historique joué par ce pays dans la mise en place du système de kits PEP pour les survivantes.
Le peuple congolais se félicite également des récentes mesures diplomatiques visant à lutter contre l'instabilité régionale, notamment les sanctions imposées par le Trésor américain à l'encontre des Forces de défense rwandaises et de hauts responsables pour leur rôle dans le soutien apporté à la rébellion du M23 et dans la déstabilisation de l'est du Congo. La justice et la responsabilisation sont essentielles à tout processus de paix, et ces mesures laissent entrevoir une lueur d'espoir.
Depuis des décennies, les initiatives de stabilisation et d’approvisionnement responsable — y compris les mécanismes visant à améliorer la traçabilité, comme l’ITSCI — impliquent des acteurs liés à la violence régionale, tels que James Kabarebe, général rwandais à la retraite et actuel conseiller principal pour la défense et la sécurité au sein du cabinet du président du Rwanda, qui a fait l’objet de sanctions américaines en février dernier. Si la collaboration avec de tels acteurs peut s’avérer nécessaire sur le plan opérationnel pour des raisons techniques ou diplomatiques, la paix durable et l’intégration économique ne peuvent être menées par ceux dont les actions perpétuent l’instabilité. Il ne s'agit pas ici d'un argument contre le dialogue, mais d'une question d'ordre chronologique, de légitimité, de responsabilité et d'inclusion.
Les communautés qui ont subi pendant des décennies des déplacements, des violences sexuelles et des spoliations foncières restent en marge lorsqu’il s’agit de façonner leur avenir. Leur participation revêt souvent un caractère consultatif et ponctuel, tandis que les acteurs officiels continuent d’exercer une influence structurelle.
À la demande de l'ambassade des États-Unis à Kinshasa, plusieurs représentants de la société civile, dont moi-même, ont été invités à examiner une première version du Cadre d'intégration économique régionale (REIF) et à faire part de leurs commentaires. Bien que nous ayons apprécié cette opportunité, il n'existait ni circuit officiel de retour d'information ni mécanisme clair permettant une communication continue.
Même si toutes nos recommandations n’ont pas été retenues, la version finale du cadre – dont nous avons pris connaissance lors de sa publication le 4 décembre – comportait tout de même certaines améliorations. Parmi celles-ci figuraient des dispositions plus fermes concernant la formalisation du secteur minier artisanal et la lutte contre le commerce illicite des minerais. Il convient toutefois de noter qu’il s’agit là de normes minimales qui figuraient déjà dans les cadres précédents.
Les trois points que nous avons soulignés dans nos commentaires sont les suivants : 1) l'intégration doit être conditionnelle. Elle ne peut se faire dans un contexte d'occupation, d'insécurité ou d'inégalités structurelles. 2) Nous avons également souligné la nécessité d’intégrer des garanties procédurales, distributives et réparatrices afin de soutenir une intégration économique durable. 3) Parmi nos propositions figurait l’introduction de quotas de traitement régionaux, qui donneraient la priorité au développement des capacités de valeur ajoutée de la RDC avant d’étendre les investissements aux pays voisins. Cela contribuerait à combler les lacunes en matière d’infrastructures qui favorisent actuellement la contrebande et le commerce illicite. Il s’agit là des conditions minimales pour qu’un partenariat économique ait un potentiel durable.
Si, comme l'ont souligné tant les États-Unis que la RDC, l'objectif commun est de dépasser la dépendance humanitaire à long terme pour s'orienter vers des partenariats économiquement viables, les initiatives économiques et de paix doivent refléter cette ambition. Une paix durable repose sur l'appropriation locale, un suivi structuré et une participation significative de ceux qui ont supporté les coûts du conflit.
C'est pourquoi nous soutenons la création d'un groupe de travail officiel sur le Congo au sein du Congrès, assorti d'un cadre prévisible garantissant une participation durable de la société civile. Ce cadre pourrait inclure des axes thématiques axés sur la protection et l'aide aux civils, la justice et la responsabilité, ainsi que la promotion de partenariats miniers durables et responsables, et s'appuyer sur des ressources spécifiques afin de garantir que cette participation soit effective et non purement symbolique.
Merci de votre attention.