La 17e épidémie d'Ebola, causée par la souche Bundibugyo, a été détectée pour la première fois dans l'est de la RDC fin mai – elle a débuté à Iutri avant de se propager au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Cette semaine, un nouveau cas a été récemment détecté à Kisangani, signe que la maladie continue de progresser. Selon l'Institut national de santé publique (INSP), 1 406 cas ont été recensés au total, dont 438 décès, soit un taux de létalité de 31,2 %.

Dans ce contexte difficile, les frontières terrestres avec le Rwanda et l’Ouganda restent fermées, tandis que les aéroports de Goma et de Bukavu sont à l’arrêt depuis que les rebelles ont pris le contrôle de ces villes début 2025, ce qui limite l’approvisionnement en matériel médical depuis l’extérieur. Plusieurs hôpitaux de la ville se trouvent désormais dans l’impossibilité de s’approvisionner en alcool et en désinfectants. C’est pourquoi l’usine de bioéthanol de la Fondation Panzi constitue un rempart contre la propagation du virus.

Qu'est-ce que le bioéthanol ?

Le bioéthanol est un alcool éthylique obtenu par fermentation de matières végétales riches en sucre, telles que la canne à sucre. Il est utilisé comme désinfectant, solvant ou carburant, et ne doit pas être confondu avec l'alcool de bouche. L'usine de la Fondation Panzi produit du bioéthanol à 96 %, destiné exclusivement à la désinfection médicale et à la fabrication de solutions hydroalcooliques.

Une réponse à la rupture des chaînes d’approvisionnement

En période d’épidémie, le bioéthanol à 96 % est indispensable pour désinfecter les mains, les surfaces, les équipements de protection et les centres de soins. Depuis son lancement en 2024, l’unité a principalement approvisionné les établissements de santé, les laboratoires, les entrepôts pharmaceutiques et d’autres utilisateurs institutionnels de la ville de Bukavu, dont la demande annuelle en bioéthanol médical est estimée à environ 77 000 litres.

La fermeture des frontières et les conflits ont entraîné de graves perturbations de la chaîne d’approvisionnement. L’usine de bioéthanol de la Fondation Panzi a comblé des lacunes essentielles pour les établissements de santé de toute la région. Sans cette production locale, de nombreux hôpitaux de Bukavu auraient épuisé leurs stocks de désinfectant, ce qui aurait constitué un risque grave face à une épidémie menaçant le personnel de première ligne et les sites de traitement. Grâce à l’usine de Panzi, les hôpitaux de notre réseau sont désormais en mesure de respecter les normes minimales de lutte contre les infections et peuvent continuer à faire face à Ebola.

« Après des débuts marqués par des difficultés techniques et financières, notre usine entre dans une nouvelle phase. Nous augmentons progressivement notre production afin de mieux répondre aux besoins des hôpitaux, des centres de santé et des laboratoires qui luttent contre les maladies infectieuses, notamment Ebola. »

— Joël Bisimwa, responsable de l'unité de production de bioéthanol

Une souveraineté sanitaire portée par des femmes productrices

La production de bioéthanol nécessite de grandes quantités de canne à sucre. Derrière cette production se cachent 300 femmes remarquables, membres d’associations villageoises d’épargne et de crédit (VSLA), des groupes d’entraide au sein desquels les membres épargnent ensemble et s’accordent mutuellement de petits prêts. Soutenues par la Fondation Panzi, ces femmes ont accès à des terres et à des ressources qui leur permettent de fournir la matière première à l’usine.

Un modèle économique diversifié

Outre l’alcool et les désinfectants, l’usine commercialise également du jus de canne à sucre ainsi que de l’eau purifiée. Vendus localement, ces produits contribuent à diversifier les sources de revenus de l’usine et à répondre aux besoins quotidiens de la communauté, tout en renforçant sa viabilité économique. En garantissant l’accès aux désinfectants pour les établissements de santé de Bukavu, l’usine de bioéthanol de Panzi montre comment une solution locale, portée par des femmes, peut renforcer durablement la résilience sanitaire dans une région en situation de crise.

Panzi prévoit d'étendre ce programme dans les années à venir, dans le but de renforcer davantage l'autonomie économique des femmes, mais aussi de consolider la souveraineté sanitaire de la région.